La reproduction des images est un sujet technique, qui demande une grande rigueur. Pour un certain nombre d’ouvrages imprimés, comme les livres de photos, d’art ou de cuisine, la reproduction d’images en couleur est une préoccupation aussi bien pour les graphistes que pour les imprimeurs. Qu’est-ce donc que la couleur et comment la mesurer ?

Il est important de commencer par un peu de théorie pour pouvoir comprendre les bases et mettre en pratique les bonnes techniques en matière d’infographie et d’impression. De cette façon, vous pourrez produire des fichiers de qualité professionnelle et obtenir de bons rendus d’impression.

Dans cet article, nous allons donc explorer la théorie des espaces colorimétriques et la perception des couleurs par l’œil humain. Ces notions essentielles vous aideront à mieux comprendre le travail nécessaire pour produire une impression couleur de qualité.

Les fondements de la colorimétrie

L’espace colorimétrique

La gestion des couleurs repose sur un modèle mathématique. Chaque outil possède son propre espace colorimétrique*, qu’on appelle aussi le gamut : votre appareil photo, l’écran de votre ordinateur, votre imprimante, la presse numérique ou la presse offset de votre imprimeur.

*Espace colorimétrique : modèle mathématique tridimensionnel représentant l’ensemble des couleurs visibles par un être humain ou reproductibles par un appareil. Chaque couleur est associée à des coordonnées déterminant un point précis et correspondant à la luminance, à la saturation et à la teinte.

L’ICC (International Color Consortium) définit les couleurs à partir de trois valeurs L*a*b :

  • L pour la luminance,
  • a pour l’axe vert-rouge,
  • b pour l’axe bleu-jaune,
    (soit l’ensemble des couleurs visibles par l’œil humain).

C’est un outil de mesure de la couleur qui a fait l’unanimité depuis des décennies.

Quand on parle de profil ICC, on parle du fichier qui permet la mise en concordance des couleurs d’un espace colorimétrique à un autre, par exemple entre votre écran et notre presse.

Source : Wikipedia

Combien de couleurs l’œil humain voit-il réellement ?

Chaque être humain a une perception des couleurs qui lui est propre. Les trois types de cônes qui tapissent le fond de notre rétine perçoivent les trois couleurs primaires : le vert, le bleu et le rouge. C’est en combinant ces trois couleurs que notre cerveau recompose l’ensemble des couleurs de l’arc en ciel.

Toutefois, la plupart d’entre nous ne verra qu’une centaine de nuances pour chacune de ces trois couleurs, c’est-à-dire un million de couleurs (100 rouges X 100 bleus X 100 verts = 1 000 000 de couleurs). Particularité de notre physiologie, notre œil perçoit deux fois mieux les nuances de vert que de rouge et de bleu ; vous allez voir que cela a son importance pour les différents espaces couleurs. C’est aussi la raison pour laquelle le capteur d’un appareil photo numérique contient deux fois plus de pixels verts, que de pixels rouges ou de pixels bleus.

Ceux qui ont la chance d’avoir une excellente acuité visuelle verront autour de 200 nuances pour chaque couleur primaire, soit huit millions de couleurs au total, résultat qu’on obtient en faisant la même opération que précédemment (200 rouges X 200 bleus X 200 verts = 8 millions). Nous ne sommes pas tous égaux dans ce domaine. Retenez bien ces chiffres pour la suite de nos explications.

Les différents espaces couleur

L’espace couleur, aussi appelé espace colorimétrique ou espace chromatique est souvent représenté en deux dimensions, comme dans le schéma ci-dessous, qui correspond au spectre visible RVB de votre œil ou de votre écran.

La zone la plus grande correspond à ce que votre œil peut théoriquement percevoir. Votre écran n’affichera que ce qui se trouve dans la zone sRVB de ce schéma. Quelques écrans haut de gamme utilisent toutefois l’espace Adobe RVB, mais du fait de leur coût particulièrement élevé, ils ne sont utilisés que par des professionnels.

L’espace L*a*b représente un espace de 8 millions de couleurs, tandis que l’espace sRVB en représente 2,5 millions, c’est-à-dire nettement plus que ce que la plupart d’entre nous est capable de percevoir. C’est pour cette raison que la plupart des fabricants de moniteurs et de télévisions estiment que l’espace sRVB est suffisant.

Il vous manque encore une dimension essentielle : la luminance. Notion parfois difficile à saisir, la luminance est la sensation de luminosité perçue par l’œil humain pour une couleur. Le noir représente la valeur zéro, tandis que le blanc correspond à 1. La variation de luminance est perçue par les bâtonnets qui tapissent le fond de notre rétine.

Pour mieux comprendre cette troisième dimension, voici une représentation en 3D qui simule l’espace L*a*b avec toutes les couleurs visibles par l’œil.

Source : TECFA

L’espace colorimétrique d’un équipement

Il est important de garder à l’esprit qu’il faut faire la différence entre l’espace colorimétrique normatif (la norme CIE représentée ci-dessus) et l’espace colorimétrique réel d’un appareil, comme par exemple celui d’un écran RVB ou d’une presse CMYK, qui seront plus limités. Une presse offset 4 couleurs ne peut, par exemple, reproduire que 50 % des couleurs visibles par l’œil. Tous les outils, aussi performants soient-ils, comme un boîtier photo très haut de gamme, ne sont pas non plus capables de reproduire toutes les nuances perçues par notre œil, d’autant que notre cerveau les interprète et les recompose à la vitesse de l’éclair. Un appareil photo sera toujours moins performant que nos yeux, aussi sophistiqué soit-il.

Lors de chaque transposition, de la réalité au capteur de votre boîtier, puis de ce dernier à votre écran, puis enfin de votre écran à l’impression, vous perdrez des détails. Votre travail va consister à trouver les meilleurs compromis pour limiter les pertes de nuances où vous voulez conserver du détail. En faisant cela, vous allez établir vos propres standards et vous limiterez les mauvaises surprises. Il est évident qu’un artiste a besoin de cohérence au travers de tout son processus de création. C’est pourquoi il est nécessaire qu’il s’investisse dans la maîtrise de ces réglages s’il veut atteindre une forme de stabilité dans la reproduction. Pour autant, les contrôles devront être réalisés de façon continue (lisez notre prochain article sur la calibration de votre écran).

Source : Arnaud Frich
Voici un exemple ci-contre avec la représentation de l’espace colorimétrique d’une presse Epson à jet d’encre de type SC-P800. Cette machine utilise neuf couleurs différentes : un noir photo, le cyan, un magenta vif, le jaune, un cyan clair, un magenta clair vif, un cyan clair, un noir mat et un gris clair.

C’est un exemple assez parlant de la différence qui existe entre l’espace L*a*b normatif et la réalité : vous visualisez facilement que cette représentation 3D n’a pas du tout la même forme que la sphère parfaite de l’espace L*a*b. Pour mieux vous y retrouver, retenez que l’axe vertical qui passe par l’intersection des lignes blanches et celle des lignes noires est celui de la luminance.

Pourquoi l’impression ne donnera jamais le même résultat que votre écran ?

Maintenant que ces notions fondamentales de la reproduction des couleurs sont assimilées, il est important que vous compreniez pourquoi une photo sur votre écran ne sera jamais identique au résultat que vous obtiendrez sur du papier. Il y a plusieurs raisons à cela.

Les synthèses additive et soustractive des couleurs

La première raison est qu’un écran émet de la lumière alors que le papier en absorbe. Le taux de contraste* d’un écran est à peu près dix fois plus élevé que celui du papier.

*Contraste : mesure de l’écart d’intensité lumineuse entre les points les plus clairs et les plus sombres d’un écran. Il s’exprime sous la forme d’un rapport appelé taux de contraste.

Source : Fnac
La couleur de base d’un écran est le noir. Celle du papier est le blanc, mais les papiers n’ont pas tous la même valeur de blanc.

Que fait votre écran pour produire de la lumière et lui donner une couleur ? Il crée une juxtaposition de pixels rouges, verts et bleus. Attention, il ne s’agit pas d’un mélange : les pixels sont les uns à côté des autres. C’est ce qu’on appelle la synthèse additive car on ajoute de la lumière à la lumière.

Au contraire d’un écran, le papier absorbe la lumière. L’impression sur papier se fait par superposition des couleurs. Les encres utilisées sont transparentes afin de permettre le mélange. C’est ce qu’on appelle la synthèse soustractive.

Source : GeoGebra

Les correspondances entre espaces colorimétriques

Chaque équipement possède son propre espace colorimétrique. C’est la raison pour laquelle les correspondances entre votre écran et la presse jouent un rôle aussi important. C’est donc bien votre écran qui doit simuler le profil de la presse et non le contraire. Une gestion des couleurs rigoureuse vous permettra de limiter les écarts. C’est à cette seule condition que vous obtiendrez des résultats cohérents.

Source : CNBC

Chaque écran a son propre espace colorimétrique. C’est d’autant plus vrai, que chaque écran n’est pas calibré avec la même méthode. Si vous voulez en prendre conscience, il vous suffit de vous rendre chez un marchand de télévisions et de comparer la même image sur des écrans différents.

L’espace colorimétrique de l’imprimante sera également influencé par le papier que vous choisirez. Pour définir un profil couleur, on parle du couple imprimante-papier. Nous y reviendrons dans notre prochain article, mais si vous faites des tirages d’art à la maison, vous devrez télécharger le profil du papier pour votre imprimante sur le site du fabricant que vous avez choisi. Vous utiliserez autant de profils que vous utiliserez de papiers différents.

Si le profil couleur que vous choisissez ne correspond pas au papier sur lequel vous imprimez, votre résultat ne sera évidemment pas optimal. En d’autres termes, certaines couleurs ne seront tout simplement pas correctement reproduites.

Vous comprenez pourquoi il est si important d’établir de bonnes correspondances entre votre écran et la presse. Il ne sert à rien de visualiser sur votre écran un rendu impossible à reproduire sur la presse ou sur l’imprimante. Un photographe exigeant se sentira peut-être frustré de ne pas obtenir ce qu’il souhaite, alors qu’un expert du traitement des images travaillera pour obtenir sur le papier le résultat qu’il souhaite. Vous pouvez acquérir cette compétence avec un peu de travail et de persévérance.

Les conseils de Rapido

Chez Rapido, nous répétons régulièrement que le métier d’imprimeur ne consiste pas seulement à déposer de l’encre sur du papier. Nous apprécions particulièrement l’étape qui devrait toujours initier un projet d’impression en couleur : une discussion technique avec l’auteur ou l’infographiste en charge du projet. C’est la meilleure façon de partir sur de bonnes bases et de vérifier que nous parlons le même langage.

Nous avons produit de nombreux livres de photos avec des photographes réputés et les résultats ont toujours été très satisfaisants : à chaque fois tout repose sur une approche technique rigoureuse et sur l’utilisation d’outils professionnels pour la production des fichiers.

Le logiciel InDesign est par exemple un incontournable pour réaliser la mise en page de votre livre ; tout autre outil moins professionnel engendrera des complications et éventuellement des défauts d’impression. Une bonne communication entre le photographe, l’infographiste et l’imprimeur est également primordiale pour s’assurer que le processus de préparation des fichiers soit optimisé.

Les 5 règles d’or à suivre quand on imprime un livre en couleur

  1. Utiliser un logiciel professionnel comme Adobe InDesign pour la mise en page ;
  2. Appliquer le profil couleur de celui des presses de votre imprimeur (chez Rapido : l’US web coated (swop) V2) ;
  3. Livrer à l’imprimeur des fichiers en CMJN (et pas en RVB) ;
  4. Produire le type de PDF suivant : PDF/X1a : 2001 ;
  5. Prendre son temps et bien suivre le protocole de traitement des images établi lorsque vient le temps de considérer les couleurs qui seront imprimées.

Pour définir un cadre de travail précis, nous proposons à nos clients de réaliser des tests imprimés avant l’épreuve reliée du livre. Nous n’y voyons que des avantages. Lisez, à ce sujet, l’étude de cas “Imprimer son premier livre photo avec Rapido Livres” que nous avons réalisée en collaboration avec le photographe professionnel Pierre Gauthier.

Imprimer avec Rapido

Les imprimantes à jet d’encre utilisées pour les tirages d’art utilisent huit, dix ou même douze couleurs, ce qui permet d’élargir leur gamut. On ne peut pas les comparer avec une presse offset, ni même avec une presse numérique qui n’utilise que quatre couleurs, comme celles que Rapido utilise pour imprimer plus de 500 titres couleur différents chaque année.

Nos presses HP Indigo font référence sur le marché comme étant les meilleures presses quadrichromiques pour la reproduction des images couleur. Pour autant elles n’impriment qu’en quatre couleurs et leur gamut est plus étroit que celui de votre presse jet d’encre, et un seul profil couleur suffit pour tous les papiers : US web coated swop v2.

Enfin, retenez bien que le coût d’impression d’une page couleur 8,5 X 11 sur ces presses a un coût de quelques sous, là où cela vous coûtera environ 3 $ par page sur une presse jet d’encre 10 couleurs. Si vous imprimez un livre de 200 pages, nous vous laissons imaginer le prix d’un exemplaire produit sur votre imprimante ! Nous vous recommandons plutôt de parler à l’un de nos spécialistes pour qu’il vous communique un prix réaliste.

Guide d’impression

Votre projet amène des questions plus spécifiques que celles qui sont abordées dans cet article ?

Les réponses se trouvent sûrement dans le guide complet que nous avons rédigé pour vous épauler. N’hésitez pas à le consulter :

Fichier Joboptions

Vous souhaitez créer vos fichiers d’impression en partant avec tous les bons paramètres dès le début ?

Retrouvez les principales propriétés à respecter dans ce fichier JOBOPTIONS que nous avons spécialement préparé pour vous :

Pourquoi vous pouvez faire confiance à votre imprimeur

Quand votre imprimeur travaille toute l’année pour plus de mille clients différents, comme c’est le cas de Rapido, vous imaginez bien qu’il ne peut pas utiliser des réglages différents d’une production à l’autre, surtout si vous n’imprimez que 25 ou 50 copies de votre livre. Chez Rapido, nous utilisons des presses qui font référence depuis plus de vingt ans. Ces machines sont très stables et nos opérateurs sont rompus au contrôle de la calibration.

La possibilité de réaliser une épreuve de votre livre à un seul exemplaire vous permettra de faire un contrôle avant de lancer la production et de corriger les quelques images qui pourraient poser problème. Vous renverrez ensuite un fichier corrigé, et si nécessaire, vous demanderez une nouvelle épreuve, notamment si vos corrections sont importantes. Lorsque vous serez prêts, vous nous donnerez l’ordre de procéder à l’impression de vos livres, en toute sérénité et la reproduction des couleurs sera telle que vous la souhaitez.

Un dernier conseil : utilisez une lampe de type GrafiLite 2 pour visualiser vos tirages. Avec un réglage de 5000 K, elle est très proche de la lumière naturelle, c’est-à-dire de la lumière du jour par temps voilé. Si vous regardez vos images sous un néon, une lampe de bureau, ou en plein soleil, vous ne verrez absolument pas les mêmes résultats puisque la température de ces lumières n’est pas la même.

Pour en savoir plus, nous vous conseillons de lire, de consulter les vidéos de professionnels, comme Arnaud Frich, photographe et professeur :
Vidéo YouTube – Initiation à la gestion des couleurs (Arnaud Frich)

La recette du succès, comme en toute chose, c’est de pratiquer le plus souvent possible. Comme la photo sur le terrain, le traitement des images requiert beaucoup d’entraînement. Mais quel plaisir de progresser et de produire de belles images en couleur !