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À l’occasion de notre participation à une table ronde organisée par l’association BMI (Book Manufacturer’s Institute), nous avons pris connaissance de chiffres intéressants sur les ventes en librairie, tant au Québec qu’au Canada anglophone.
Depuis 1933, BMI est l’association professionnelle de référence en Amérique du Nord pour l’industrie du livre. La présentation de ces chiffres a été assurée par un membre de la BTLF (Bibliothèque des Titres de Langue Française) pour le Québec et de l’association BookNet pour le Canada.
Le dynamisme de l’édition québécoise
L’identité québécoise reste un sujet important pour les habitants de la Belle Province. Les chiffres présentés ci-dessous démontrent un réel dynamisme des ventes en librairie au Québec et plus encore des libraires indépendants.
Le marché des ventes en libraire du Québec a affiché un total de ventes de 725 M$ en 2025. Si l’on compare le total des ventes réalisées en 2025 par les éditeurs québécois de langue française à celles des librairies anglophones à travers le Canada, le Québec représente 40 % des ventes totales. C’est un chiffre très élevé qu’il faut comparer à la part relative que représente la population québécoise du Canada : 22 %. On peut se réjouir de ce très bon résultat pour le Québec.
Pour être tout à fait complet ces données n’intègrent pas les ventes réalisées par Amazon.
Le total des ventes en librairie progresse chaque année depuis 2016, sauf en 2025 où on a observé un recul de 0,5 %. L’année 2021 a marqué un record avec une croissance de 16 %. Les fluctuations observées sur les autres années sont comprises entre 2,5 % et 6,9 %. Elles dépendent très probablement des best-sellers du moment. C’est un phénomène bien connu dans l’édition.
Toujours du côté des éditeurs québécois, on peut noter que c’est en 2018 que leurs ventes ont rejoint celles de livres provenant de l’étranger, principalement de la France. Il faut rappeler à ce titre que la loi 51 qui avait été votée en 1981 visait cet objectif.
Si l’on observe la croissance des ventes des livres publiés par des maisons d’édition québécoises depuis 2015, elles vendent actuellement 70 % de livres en plus.
Un seul bémol, c’est la part de la commande publique qui a représenté 37,5 % des ventes totales en 2025. On peut aisément comprendre que le soutien de l’Etat du Québec joue un rôle important dans ces bons résultats.
L'essor des librairies indépendantes du Québec
Il existe un autre phénomène particulièrement intéressant, c’est la vitalité des librairies indépendantes du Québec depuis 2021. En effet, si ces librairies ne représentent encore que 19 % du marché québécois, la part de leurs ventes augmentent chaque année alors que les ventes dans les grandes enseignes diminuent progressivement.
Il y a eu un avant et un après 2020 où les acheteurs québécois ont donné la priorité aux libraires indépendants. On ne peut que s’en réjouir. Tous ceux qui ont pu comparer l’expérience d’achat dans une librairie indépendante avec une chaîne de librairies savent de quoi nous parlons.
Tout cela est très positif. Et il est probable que ce qui se passe actuellement avec notre grand voisin devrait continuer à favoriser le développement de la création et de la production locale.
Gageons que la tendance d’uniformisation liée à la mondialisation est en train de connaître un sérieux ralentissement, au profit d’un retour vers la culture locale. Même si le Québec est une terre d’accueil, il doit continuer à cultiver son identité et son originalité. Après une période de doute, qui n’est sans doute pas étrangère aux questions existentielles des années 1980, le Québec continue de faire entendre une voie différente au sein de la grande communauté anglophone du continent nord- américain.
Conclusion : le Québec suit une tendance particulièrement intéressante, le Canada devrait peut-être s’en inspirer, comme vous le verrez dans les paragraphes suivants.
Les ventes dans les librairies anglophones du Canada
Les chiffres du Canada anglophone sont sensiblement différents, mais montrent toutefois une tendance intéressante. Les ventes en nombre de livres ont diminué de 10 % au cours des six dernières années compensées partiellement par la hausse des prix. Au cours des douze derniers mois (de juillet 2025 à juin 2025), cette baisse des ventes s’est accentuée avec un taux de baisse de 5%. Il faudra suivre cette tendance de près.
En fait, le Canada connait à peu près le même problème avec les Etats-Unis que le Québec connaissait avec la France autrefois, avec une prépondérance de la culture américaine sur la vie culturelle canadienne anglophone.
On note également que les livres en reliure caisse ont de plus en plus de succès malgré leur prix supérieur.
Ces chiffres qui interrogent doivent être contrebalancés là aussi par le dynamisme remarquable des libraires indépendantes dont les ventes ont progressé de 7 à 12 % par an de 2020 à 2025, et encore 5 % au cours du premier semestre 2026.
Les ventes des libraires indépendantes anglophones progressent de 7 à 12% chaque année depuis 2020.
Si cette tendance se poursuit, les ventes des libraires indépendantes en 2026 pourraient représenter le double de ce qu’elles étaient en 2020.
Le bras de fer actuel avec notre plus proche voisin démontre que le Canada est capable de faire entendre sa voix. Dans de telles circonstances, un projet davantage centré sur la création et la production locale aurait du sens. Le fait que les consommateurs canadiens donnent la préférence aux achats nationaux est un signal encourageant, qui pourrait bien s’accentuer.
Simon Dulac
Président de Rapido Livres




