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En déclenchant le 28 février dernier son opération militaire en Iran, les États-Unis n’escomptaient probablement pas qu’elle puisse s’étaler sur une période aussi prolongée que celle que nous vivons aujourd’hui. Pourtant, force est de constater que le printemps est déjà bien avancé et que la situation perdure.
Nous vous proposons un tour d’horizon de ce que cette réalité implique et annonce pour les mois à venir, pour notre marché du livre comme pour l’économie canadienne.
Le début des hausses de prix
Les hausses de prix ont débuté il y a près de deux mois avec l’essence et le gaz. Jusqu’à maintenant, nous espérions encore que le conflit se résoudrait par la diplomatie et un peu de bons sens. C’était oublier un peu vite que le déclin des empires ne se résout jamais dans la paix des nations.
Au cours des dix semaines passées, la plus grande part des stocks d’hydrocarbures a été utilisée comme un amortisseur de crise. Si le blocage du détroit d’Ormuz se poursuit, ce qui est probable, les stocks s’épuiseront et la situation pourrait devenir assez compliquée avec des réactions en chaîne impossibles à prévoir. On peut ajouter à la liste des produits stratégiques qui risquent de manquer à notre économie : les engrais, l’aluminium et tous les dérivés de la pétrochimie.
Si l’on peut trouver un peu de positif dans cette situation inquiétante, on peut se dire que la crise du Covid nous aura au moins appris qu’en anticipant sur ses besoins on peut juguler la pénurie.
Nous l’avons déjà écrit ici, mais on peut tresser des louanges aux visionnaires québécois qui ont bâti à partir des années 1960 un système de production et de distribution d’électricité abondant et bon marché. Cela réduit l’effet d’augmentation des prix de l’énergie. On aimerait que nos futurs gouvernants soient capables de mettre en œuvre des projets aussi ambitieux pour l’avenir de nos enfants au lieu de faire des discours.
Les mesures prises par Rapido
Chez Rapido nous nous sommes organisés dès le début de ce conflit pour constituer des stocks de papier, de colle et de film de lamination. Dans les conditions actuelles nous pensons être capables d’absorber l’allongement des délais de livraison sans pénurie. C’est une situation que nous allons bien entendu continuer à surveiller régulièrement pour ajuster nos prévisions et notre politique d’achats.
Pour autant, nous sommes une nouvelle fois contraints d’augmenter nos tarifs. Comme cela fut le cas en 2021 et en 2022, nous nous contenterons de répercuter la hausse de nos coûts. Mais grâce aux efforts menés avec certains de nos fournisseurs nous réussissons pour l’instant à limiter les hausses au prix du papier. Ah si seulement le Canada redevenait un acteur de la production de papier !
Il est impossible de faire des prévisions sur ce qui va se passer dans les mois à venir, mais on peut se douter que nous ne retrouverons pas un équilibre satisfaisant avant une ou deux années, avec des coûts de l’énergie bien plus élevés que par le passé. D’ici là, les événements nous diront sans doute quelque chose de différent et nous devrons nous adapter.
Les effets du conflit sur notre économie
Quelles conséquences aura pour nos économies le conflit entre l’Iran et les Etats-Unis ? Qu’on lui trouve ou non des avantages, la relative stabilité procurée par la domination américaine a, depuis le début du XXIe siècle, permis à la mondialisation de prospérer dans un certain climat de sécurité. Pour notre pays, c’était la garantie de flux abondants et de prix bas.
Si l’ordre mondial doit être repensé, il est certain que la transition sera longue, laborieuse, incertaine et sans doute douloureuse. Jusqu’à présent les pays occidentaux, dont nous faisons partie, avaient l’habitude de dominer les débats, mais ce rapport de forces ne perdurera pas. Dans nos économies qui achètent au-delà des mers une grande part de ce qu’elles consomment, c’est un risque considérable, avec des conséquences politiques inimaginables. Nous n’y sommes pas préparés.
Autre conséquence : le dollar va perdre de sa valeur. Pour le Canada qui réalise 71,7 % (source : Gouvernement du Canada) de ses exportations vers les Etats-Unis c’est une très mauvaise nouvelle. Notre pays a profité depuis plus d’une dizaine d’années d’un taux de change très favorable qui a permis à de nombreux acteurs économiques de connaître une croissance significative. Si cet équilibre est remis en question, ces entreprises exportatrices le paieront cher, d’autant que l’économie américaine pourrait connaître la plus grave crise économique de son histoire. Cela aura un impact important sur l’économie du Canada.
On pourrait allonger la liste des bouleversements à venir avec la probable fin du pétrodollar, l’aggravation de la crise de la dette des Etats, la contestation de l’hégémonie occidentale par les pays du Sud, la domination de la Chine sur le monde, la remise en question de la libre circulation des navires de commerce sur les mers, l’affaiblissement des économies de service au profit des pays qui ont bâti leur économie sur la production de biens, etc. Il s’agit pour nous d’ouvrir nos yeux, de reconsidérer nos nombreux préjugés et d’entamer de profonds changements stratégiques. C’est une période intéressante que nous allons vivre, mais ce sera aussi une période de grande incertitude.
Conclusion : un avenir sous le signe de la sobriété et de la responsabilité
Avec modestie et persévérance, Rapido a initié et développé depuis 2013 un modèle de frugalité en réduisant les stocks de livres. A long terme c’est la solution qui s’imposera pour réduire le gaspillage. Augmenter ses tirages en allant chercher des prix à l’autre bout du monde c’est peut-être une façon de gagner du temps et de faire des économies à court terme, mais c’est encore et toujours se rendre dépendant des autres.
Dans un monde où les problèmes s’accumulent, le temps des sophistes et des censeurs est probablement terminé. Celui des technocrates avides de normes est sur la pente descendante. L’heure des femmes et des hommes qui innovent, qui investissent et qui entreprennent est en train de sonner.
Nous vivons certainement un moment historique, équivalent à celui de la chute de l’Union Soviétique en 1989. Ne pas en prendre la mesure, ne pas mener de réflexion stratégique sur les enjeux futurs, c’est se condamner à souffrir pour des décennies. Si au lieu de rester des spectateurs de notre destin, nous saisissions toutes les opportunités liées au déclin de notre voisin, nous pourrions bâtir un futur plus sûr et plus prospère. Avec un peu de courage, c’est possible.
Simon Dulac
Président de Rapido Livres




