Vous avez une passion pour la photographie et vous souhaitez en apprendre plus au sujet de la bonne gestion des couleurs ? Vous avez sûrement entendu parler de la nécessité de calibrer votre écran. Mettons les choses au point : si vous vous contentez de partager vos photos sur les réseaux sociaux sans jamais les imprimer, cet article ne vous concerne pas. Mais si au contraire, vous avez le projet d’imprimer vos images comme un vrai professionnel, alors, vous allez tirer d’importants bénéfices de cet article.

Nous avons choisi de vous présenter le ColorChecker Studio de Calibrite car il s’agit d’un spectrophotomètre qui vous permettra de calibrer votre écran et vos couples imprimante-papier. Nous allons aujourd’hui nous limiter à la calibration de votre écran. Comme l’écrit Arnaud Frisch dans son banc d’essai : « Ce n’est pas du matériel à vocation spécifiquement « amateur » mais bien de qualité professionnelle accessible aux amateurs… ce qu’il fait il le fait parfaitement. »

Notre objectif est de mettre à votre disposition un contenu clair, simple et précis, sans pour autant vous assommer avec trop d’explications théoriques. Cet article est le fruit de l’expérience que nous avons tirée de l’utilisation de cette sonde de calibration. Nous allons vous guider pas à pas pour réaliser l’étalonnage et la calibration de votre écran.

Avant de commencer

Comme nous l’écrivions dans un article précédent : « La calibration de votre écran, c’est la clé de voûte de votre chaîne graphique. Votre écran doit constituer votre référence pour toute la suite de votre travail. »

Pour produire des impressions fidèles à ce que vous visualisez sur votre écran, il n’y a pas d’autre alternative que d’investir dans une sonde de calibration couleur et de la paramétrer convenablement. En matière de couleur, le tâtonnement n’est jamais un bon choix, faute de quoi vous gaspillerez rapidement plus d’argent en papier que le prix que coûte une bonne sonde.

Le ColorChecker Studio a l’avantage de pouvoir produire aussi bien un profil ICC pour votre écran et des couples imprimante-papier. Il a l’inconvénient d’être plus cher qu’un simple colorimètre. A vous de déterminer de quel outil vous avez besoin. Nous en reparlerons dans un prochain article lorsque nous aborderons le choix de notre imprimante. De toutes les manières, vous retrouverez le même genre de processus avec toutes les sondes.

Calibrite rachète X-Rite

En 2021 la société Calibrite a racheté X-Rite qui constituait l’une des références du marché en matière de calibrage couleur. Vous pourrez télécharger une version du pilote compatible avec votre appareil sur leur site en cliquant sur ce lien : Calibrite – Téléchargements logiciels

Lisez attentivement quels équipements sont pris en charge par le pilote que vous choisirez afin d’obtenir la version qui correspond à votre sonde.

Il s’agit d’un logiciel simple d’utilisation qui dispose d’une traduction en français de bonne facture. Nous vous recommandons particulièrement de lire les aides qui s’affichent à chaque étape pour chaque option. Elles sont fort bien rédigées et très claires.

Prise en main

Le logiciel ccStudio va vous permettre de faire deux choses pour votre écran : l’étalonner puis le caractériser. Sur la page d’accueil du logiciel cliquez sur le type de sonde puis sur Affichage.

1. L’étalonnage de l’écran et de la sonde

Avant d’étalonner votre écran, nous devons commencer par faire un peu de théorie. L’étalonnage consiste à choisir trois valeurs de référence qui détermineront votre espace de travail. Vous choisirez l’option Personnalisé, car c’est la seule solution pour choisir vous-même ces trois valeurs :

La luminosité

Si vous travaillez dans un environnement peu éclairé, ce que nous vous recommandons, vous choisirez une valeur de 80 cd/m2. Mais si votre poste de travail se trouve dans un espace lumineux, vous choisirez plutôt 120 cd/m2. Reportez-vous à notre article précédent pour comprendre pourquoi un environnement assombri est un meilleur choix.

Le contraste

C’est le gamma qui va vous permettre de faire ce réglage. Le gamma mesure le rapport de la lumière enregistrée par rapport à la lumière émise par l’objet pris en photo.

En général, les photographes le règlent sur la valeur standard de 2,2, alors que les vidéastes travaillent plutôt entre à 2,4 et 2,6 pour la bonne et simple raison qu’un film se regarde plutôt dans une pièce sombre, voire dans une salle de cinéma. Une valeur de 2,2 signifie que la lumière enregistrée dans l’image est 2,2 fois plus élevée que la lumière émise par l’objet que vous avez pris en photo.

Si vous voulez en savoir plus sur cette notion, nous écrirons prochainement un article sur ce sujet.

Le point blanc

Si vous utilisez un Mac, le réglage natif est de 6 500 K ou D65. Vous pouvez le voir en cliquant sur la pomme en haut à gauche de votre écran, puis en vous rendant dans les Préférences Système > Moniteur > Couleur > Etalonner. Vous donnerez un nom à ce profil du type iMac 2024-05-22.

Si vous travaillez avec Windows, vous devrez accéder aux Paramètres, puis Affichage et enfin Paramètres d’affichage avancés. Vous devrez alors sélectionner l’option Propriétés de la carte vidéo pour l’affichage. Cliquez ensuite sur l’onglet Gestion des couleurs, puis dans la fenêtre suivante sur Etalonnage de l’écran.

Pourquoi utiliser deux profils d’étalonnage ?

Si vous utilisez des réglages spécifiques pour vos publications sur le Web et que vous ne souhaitez pas en changer, nous vous conseillons d’utiliser un second set d’étalonnage destiné uniquement à l’impression, ce qui vous permettra de ne pas faire de compromis.
Souvenez-vous également que si vous changez une de ces valeurs, vous devrez également refaire votre caractérisation et l’enregistrer dans un nouveau profil ICC.

Dernière étape de l’étalonnage : le logiciel va vous demander de procéder à l’autocalibration de votre spectrophotomètre en tournant le volant comme l’illustration vous l’indique. Vous cliquerez ensuite sur le bouton bleu Étalonner. Cette opération va prendre quelques secondes.

La sonde va mesurer un carré en céramique blanche situé à l’intérieur du spectro, qui va lui permettre de déterminer la valeur mesurée d’un blanc pur, référence indispensable avant de faire les mesures nécessaires pour la caractérisation.
Puis vous ferez tourner la roue pour la remettre en position de mesure pour l’écran, comme le logiciel vous le demandera.

2. La caractérisation de votre écran

Ne vous lancez pas dans cette opération si votre écran n’est pas allumé depuis au moins trente minutes, car même si vous ne percevez aucune différence, les couleurs seront différentes si votre écran est froid. La sonde, elle, le verra. Si vous utilisez un Mac, pensez également à ce que la luminosité de l’écran ne soit pas réglée en mode automatique, faute de quoi, votre affichage écran variera tout seul en fonction de l’ambiance de la pièce.

Comme nous vous l’avons déjà expliqué dans un article précédent, chaque équipement comporte des dérives, y compris les écrans haut de gamme. C’est en lisant une série de patchs de couleur sur votre écran, que votre sonde va déterminer la correspondance entre la valeur théorique L*a*b et la couleur mesurée sur votre écran. C’est ainsi qu’il établira le profil ICC de votre écran. Cette « traduction » indiquera à votre ordinateur les modifications qu’il devra effectuer pour afficher la bonne couleur sur votre écran.

Pour cela, votre spectrophotomètre va mesurer 118 couleurs différentes. Les données de cette analyse seront enregistrées dans le profil ICC, qui restera associé à votre écran jusqu’à ce que vous le remettiez à jour.
C’est uniquement lorsque vous aurez terminé cette deuxième opération, que vous pourrez considérer que votre écran est bien paramétré.
Pour positionner convenablement votre sonde, observez cette image :
  • Inclinez votre écran comme c’est indiqué ;
  • Veillez à ce que le spectro soit bien à plat sur la surface de l’écran pour éviter les lumières parasites ;
  • Veillez à ce que votre sonde se trouve bien au milieu de la mire. C’est particulièrement important si la fenêtre de votre logiciel n’est pas bien centrée.

Cliquez ensuite sur le bouton Bleu sous la mire de couleurs pour Démarrer le processus de mesure.

N’oubliez pas non plus d’ouvrir l’obturateur sous la housse de protection. Vous la refermerez après votre calibration pour bien protéger la sonde de la poussière. Quand ce sera fait, cliquez sur le bouton bleu Suivant, en bas à droite et enregistrez votre profil ICC.

Lorsque enregistrerez le profil ICC, vous choisirez la version 2 du profil ICC si vous êtes sous Windows, alors que sur un Mac, ce sera la version 4. C’est également sur cette page que vous spécifierez au logiciel de vous envoyer un rappel de calibration dans 1, 2, 3 ou 4 semaines. Cliquez sur Enregistrer le profil.

Si vous calibrez votre imprimante, vous ferez la même chose avec une mire que vous imprimerez sur votre imprimante. Vous obtiendrez alors un profil ICC pour le couple imprimante-papier. Si vous utilisez deux papiers, vous effectuerez l’opération avec chaque papier. C’est à l’aide du profil ICC du couple imprimante-papier que vous convertirez les valeurs RVB de votre image en valeurs RVB sur votre imprimante. Pour en savoir plus, reportez-vous au blog d’Arnaud Frisch « Test du ColorChecker Studio de Calibrite » sur le sujet. Vous en apprendrez encore plus lorsque nous procèderons au test de l’imprimante que nous avons choisie.

Le réglage manuel de la luminosité de votre écran

Vous allez lire ce qui suit dans plusieurs de nos articles : si votre écran dispose d’un réglage manuel de la luminosité, prenez garde de noter la valeur exacte au moment de l’étalonnage de votre écran. Voici une petite méthode toute simple que nous vous recommandons d’appliquer au début de chaque séance de travail sur vos images.

Comptez bien le nombre de crans qui s’affichent à la fin de l’étalonnage, comme dans l’image ci-dessous. Vous remettrez ce réglage à jour au cas où il aurait été modifié d’une fois sur l’autre.
A l’aide des touches entourées de bleu, remettez le curseur à zéro, l’écran devient noir, puis augmentez la luminosité en comptant chaque fois que vous appuyez sur la touche de droite. Ainsi vous n’aurez pas la désagréable surprise d’obtenir des photos plus sombres sur le papier qu’elles n’apparaissent sur votre écran.

Conclusion

Votre écran est maintenant correctement calibré. Et vous êtes prêts pour la prochaine étape, c’est-à-dire l’impression. Vous allez être récompensé par tout ce travail, un peu abstrait, il est vrai. Lorsque vous verrez la première photo sortir de l’imprimante, vous ressentirez une grande satisfaction, semblable à celle que les plus anciens d’entre nous éprouvaient lorsque leur image apparaissait dans le fond de leurs bassines de révélateur.